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FACE À LA RUE

Un jour, à un feu rouge, quelqu’un s’approche et me dit : ‘’Salut!’’. Je n’avais pas d’autre choix que de lui parler parce que j’étais en voiture, toit et fenêtres baissés. Je ne pouvais pas faire semblant de ne pas le voir. Je lui ai dit bonjour à mon tour. C’est juste après cet instant que j’ai ressenti un grand bien être. Cet homme ne m’avait rien demandé, il était de bonne humeur, lumineux, affichait un superbe sourire. Je l’ai revu à plusieurs reprises, j’ai engagé la conversation avec lui et on a vraiment connecté. Je me suis aperçu qu’il avait juste besoin de contact. Oui, il avait aussi besoin d’argent, mais un simple sourire et une attitude d’ouverture l’ont beaucoup plus enrichi qu’une simple pièce d’argent. C’est à partir de là que je me suis mis à consigner mes peurs et mes réflexions dans un cahier de notes.

Plus tard, mes notes ont servi pour un documentaire, Face à la rue, qui avait pour thème l’itinérance, une succession de réflexions et de conversations, la réalité des gens dans la rue : la pauvreté, la dépendance, les familles, la violence, la réalité des femmes, la santé physique et mentale, le mal de vivre, la vieillesse, les gens qui pensent que la rue est un choix.
A la fin de chaque rencontre, je me suis senti profondément ému, avec un désir d’aider, de tendre la main. C’était un cadeau. Je me sentais synchronisé avec leurs émotions. Des fois je me retournais et je voyais le caméraman pleurer, souvent on avait le motton dans la gorge parce qu’on venait de vivre quelque chose de très fort. J’avais besoin de vider mes émotions.
Mon regard a changé. J’accepte mieux mes malaises. C’est une bonne base que de prendre conscience de ce que je ressens. J’espère que le documentaire permettra aux gens de se mettre à la place des autres. Je souhaite qu’il incite les gens à se demander comment ils réagiraient s’ils se retrouvaient à la rue. C’est à nous d’aller vers ceux qui ne savent pas à qui s’adresser ou qui ne peuvent se déplacer. Je pense également que tout être humain a besoin d’être valorisé. On a beau faire du sport, du bénévolat, plein de choses qui nous valorisent, je pense essentiel d’avoir un travail dans lequel tu te sens utile, pour lequel ta valeur sert à la communauté.
Jean-Marie Lapointe (extraits)
(Lu au journal L’Itinéraire)
Publié avec autorisation

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